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The president in a cassock ousted by the street · Chapter 2
The president in a cassock ousted by the street
L'abbé de Madibou
Madibou et Brazzaville, 1917-1946.
Il naquit en 1917 à Madibou, un village du Pool, au sud de Brazzaville, dans une famille de paysans lari dont il était le cadet de trois garçons. Les sources ne s'accordent pas sur le jour : le 9 juin selon les uns, le 7 juin selon le dictionnaire de Philippe Moukoko, le 19 juillet selon d'autres encore. On le baptisa à neuf ans, et ce fut au baptême qu'il reçut le prénom de Fulbert. Son nom de famille, Youlou, voulait dire « raisin » en lari.
En 1929, à douze ans, il entra au petit séminaire de Brazzaville. Les pères le jugèrent brillant et l'envoyèrent finir ses études secondaires à Akono, au Cameroun, avant le grand séminaire de Yaoundé, où il se distingua en philosophie. Il y eut pour condisciple un séminariste de l'Oubangui, Barthélemy Boganda, qui deviendrait lui aussi prêtre et, plus tard, le père de la République centrafricaine. Revenu au pays, il enseigna au séminaire de Mbamou, alla étudier la théologie à Libreville et acheva son dernier cycle à Brazzaville. Le 9 juin 1946, il fut ordonné prêtre ; une source donne 1949, et aucune pièce consultée ne permet de trancher.
On l'affecta à la paroisse Saint-François de Brazzaville. Il y dirigea les mouvements de jeunesse, les activités sportives et les œuvres catholiques, et il prit en charge l'aumônerie de l'hôpital général et celle de la prison. Il anima aussi un cercle culturel à Bacongo, le grand quartier lari de la capitale. En 1951, avec le concours de l'administration coloniale, il participa à l'ébauche d'un Conseil coutumier africain chargé de mettre par écrit les coutumes congolaises. Il écrivait lui-même sur ces coutumes, et il continua de le faire au pouvoir : des articles sur « le rêve, le sorcier, le devin et le féticheur en Afrique centrale », sur les croyances et la sorcellerie, et un autre, en février 1962, au titre qui résumait sa position d'homme d'Église africain, « L'Église doit devenir africaine en Afrique ». Le dictionnaire de Moukoko jugea plus tard que ses meilleurs textes étaient ceux qu'il consacra aux traditions kongo.
Moyen-Congo, 1947.
Le jeune prêtre s'intéressa tôt à la politique. En 1947, encouragé par son protecteur, le père Charles Lecomte, il se présenta aux élections territoriales dans la circonscription du Pool, au collège réservé aux Africains. Le père Lecomte fut élu sans peine au collège européen ; l'abbé Youlou subit un échec cuisant. Ses biographes relevèrent la leçon qu'il en tira : un candidat trop visiblement porté par l'administration ou par les missions ne gagnait pas. Il cessa de se montrer en homme de l'Église des Blancs et prit peu à peu l'allure d'un résistant africain.
Ses supérieurs n'aimèrent pas ce changement. En octobre 1953, une plainte fut déposée à l'évêché contre lui : il avait été surpris, disait-elle, en flagrant délit d'adultère. Le 20 novembre 1954, par mesure disciplinaire, l'évêché l'envoya dans une mission de brousse, à Mindouli, à cent cinquante kilomètres de la capitale, sur la ligne du chemin de fer Congo-Océan, où il dirigea l'école catholique. Le dictionnaire de Moukoko date la mutation de 1955 et l'attribue à « son attachement à la chair ». Les sources consultées n'en disent pas davantage sur l'affaire elle-même, et rien ne permet d'en savoir plus.
La sanction produisit l'effet contraire à celui qu'on attendait. À Bacongo, on vit un prêtre noir puni par une hiérarchie blanche, et il devint une victime aux yeux de ceux qu'il avait encadrés à Saint-François.
Pool, 1955.
Le Pool était le pays d'André Matsoua, l'homme qui avait fondé à Paris, en 1926, une association pour réclamer les droits des Congolais, et qui était mort en détention à Mayama en 1942. Le 2 avril 1930, quand un tribunal de Brazzaville l'avait condamné à trois ans de prison, les quartiers africains de la ville s'étaient soulevés ; le petit séminariste de Madibou avait alors douze ans et vivait dans la capitale. Pour une grande partie des Lari, Matsoua n'était pas mort : il reviendrait. Ses fidèles, qu'on appelait les matsouanistes, refusaient l'impôt, le recensement et la carte d'identité, et ils refusaient de voter pour un autre que lui.
Le jeune abbé sut se présenter en interlocuteur de Matsoua auprès de ses disciples, et il publia en 1955, à l'Imprimerie centrale de Brazzaville, une brochure de onze pages intitulée Le Matsouanisme. En octobre 1955, un conseil kongo, et non plus seulement lari, le choisit pour le représenter aux élections législatives prévues en janvier. L'archevêque de Brazzaville, Mgr Michel Bernard, tenta de l'en dissuader. Il maintint sa candidature. L'Église prit alors les sanctions prévues : il n'eut plus le droit de célébrer le culte, ni de porter la soutane. Les Kongo lui assurèrent une rente mensuelle, une voiture et un chauffeur.
Selon le sociologue Rémy Bazenguissa-Ganga, une partie de ses partisans voyait en lui la réincarnation de « Jésus-Matswa ». Une légende, que le dictionnaire de Moukoko reprend d'un guide de voyage, le rattachait aux chutes de la Loufoulakari, à quatre-vingts kilomètres au sud de Brazzaville, là où le résistant kongo Boueta Mbongo avait été décapité par les troupes coloniales à la fin du XIXᵉ siècle : l'abbé y aurait pris l'habitude de se baigner en soutane pour s'imprégner des puissances ancestrales, et ses habits, disait-on, restaient secs.
Bacongo, décembre 1955-janvier 1956.
Brazzaville avait alors deux grands quartiers africains, que les documents de l'époque appelaient les « Brazzaville noires » : Bacongo au sud, peuplé surtout de Lari, et Poto-Poto au nord, où vivaient beaucoup de gens venus du nord du pays, des Mbochi notamment. Ceux-là suivaient Jacques Opangault, un ancien greffier du tribunal de Brazzaville né en 1907, qui dirigeait la section locale du Parti socialiste ; le député sortant, Jean-Félix Tchicaya, tenait le Parti progressiste congolais et la côte, autour de Pointe-Noire.
La campagne qui suivit ne fut pas celle d'un saint. Le 12 décembre 1955, des tracts de ses partisans appelèrent à « fouetter » les dirigeants matsouanistes qui refusaient de se rallier à l'abbé. Le 18 décembre, la maison de l'un d'eux, Victor Wamba, fut incendiée.
Le 2 janvier 1956, jour du vote, des adolescents lari se mirent à battre, à la sortie des bureaux de Bacongo, les électeurs qu'ils soupçonnaient de ne pas avoir voté pour lui, et l'administration dut envoyer les forces de l'ordre protéger les urnes. Les deux jours suivants, on compta à Brazzaville une centaine de maisons détruites, quatre morts et plusieurs dizaines de blessés. L'abbé Youlou et l'un de ses adversaires, Jacques Opangault, lancèrent ensemble un appel au calme à la radio.
Les résultats tombèrent une semaine plus tard. Le député sortant, Jean-Félix Tchicaya, fut réélu avec 45 976 voix ; Jacques Opangault en obtint 43 193, et Fulbert Youlou 41 084. Le prêtre suspendu arrivait troisième, à moins de cinq mille voix du vainqueur. Ses partisans organisèrent une collecte pour l'envoyer à Paris contester l'élection de Tchicaya. Le voyage lui permit de nouer ses premiers contacts dans la capitale française.
Il avait perdu une élection, une paroisse et le droit de dire la messe. Il garda pourtant ce que l'Église venait de lui retirer : il continua de porter la soutane, tous les jours, et les Lari lui donnèrent un surnom qui disait simplement ce qu'ils voyaient, « Kiyunga », la soutane.
Il lui fallait un parti, et un emblème qui fasse peur.
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