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The Princess Who Welcomed, the Chief Who Refused · Chapter 2
The Princess Who Welcomed, the Chief Who Refused
L'hôtesse
Bobo-Dioulasso, lundi 9 mars 1891, de bonne heure.
Le capitaine Parfait-Louis Monteil arrivait de Sikasso avec une caravane chargée de caisses. Il était parti de Saint-Louis du Sénégal à l'automne précédent pour traverser le Soudan jusqu'au lac Tchad et, de là, jusqu'à Tripoli, et il emportait des notes de route que lui avait données un autre Français passé quelques mois avant lui, le docteur François Crozat. Dans ces notes, il y avait un nom, et une appréciation : « Guimbi, cote 20. »
Il se rendit aussitôt à un groupe de maisons situé en dehors du village, où habitait, écrivit-il, « la sœur du Fama de Dioufourma, Guimbi, l'hôtesse de Binger d'abord, puis de Crozat ». Il fut reçu à bras ouverts. Il raconta la suite quatre ans plus tard, dans le livre de son voyage :
« Guimbi est d'une exubérance, d'une activité étourdissantes. C'est tôt fait que nous installer. L'accueil de l'aimable hôtesse devient du transport, lorsque, dans la journée, je lui fais, en mon nom et en celui de mes amis, des cadeaux royaux. Elle est partout à la fois, se jette à ma tête, dans mes jambes, entre dans ma case à tout propos pour s'enquérir si je n'ai besoin de rien, me fait apporter du lait, du beurre, des œufs, des poulets, des bœufs, etc. »
Des cadeaux royaux d'un côté, du lait, du beurre et des bœufs de l'autre : l'échange avait été réglé dès le premier jour.
Le même jour, Monteil alla saluer le chef du village. L'accueil fut froid, et l'officier savait pourquoi : il était descendu chez Guimbi au lieu de demander l'hospitalité au chef lui-même, ce qui eût été pour celui-ci une source de profit. Le lendemain, ce fut l'almamy, l'imam de la ville, qui vint lui rendre visite. Crozat l'avait prévenu contre cet homme, qui lui avait montré de l'hostilité et l'avait empêché de signer un traité avec le chef des Bobo-Dioula de Boussoura. Monteil le reçut sans chaleur.
Bobo-Dioulasso, du 10 au 14 mars 1891.
Le 10, vers quatre heures de l'après-midi, il s'aperçut que dix de ses porteurs avaient disparu. Il lança deux de ses hommes à leur poursuite, et Guimbi lui en donna quatre autres. Deux jours plus tard, ils rentrèrent bredouilles. Le lendemain, son cuisinier sortit acheter des vivres et ne revint pas.
Monteil voulut partir au plus vite, et ne put rien acheter : les fêtes du Koma venaient de commencer et devaient durer cinq jours. Des hommes masqués, couverts de peaux ou de feuillage, couraient tout le jour dans les rues avec une forte matraque et frappaient les femmes, les enfants, les esclaves qui ne rentraient pas à temps dans une maison. Les affaires étaient suspendues, même les petits marchés de chaque jour. « J'eus recours à Guimbi et, grâce à son entremise, je pus enfin terminer mes approvisionnements », écrivit-il.
Le 14 mars au matin, la caravane quitta Bobo-Dioulasso. Guimbi lui fit un bout de conduite avec son mari et sa petite fille de six ans, « mignonne enfant qui avait égayé de son gentil babil ma case ». Le guide qui devait mener les Français jusqu'à Boussoura était le neveu de Guimbi. Dans le livre, deux gravures portent son nom en légende : Griote de Guimbi, et Captives de Guimbi.
Crozat, lui, l'avait déjà décrite dans le rapport de sa mission au Mossi, publié au Journal officiel. Envoyé par le capitaine Quiquandon vers le roi des Mossi, il avait logé chez elle du 10 au 16 août 1890, et il écrivit :
« J'ai trouvé en elle non seulement un hôte empressé, mais un guide précieux, un conseiller intelligent et dévoué, aplanissant les petites difficultés qui s'élèvent toujours et mettant à mon service toute l'influence que lui donnaient sa fortune, son âge et son nom. »
Sa fortune, son âge et son nom : en 1890, elle avait environ cinquante-quatre ans.
Deux noms pour une femme.
Monteil l'écrivait en toutes lettres : Guimbi avait été « l'hôtesse de Binger d'abord ». Binger, lui, n'avait jamais écrit ce nom. La femme qui l'avait accueilli et introduit en avril 1888 s'appelait sous sa plume Diongui, veuve d'un chef, sœur aînée du chef de Dasoulami. Monteil faisait de Guimbi la sœur d'un autre chef, celui de Dioufourma, sur la route de Sikasso. Il n'était pas à Bobo-Dioulasso en 1888 ; il tenait ce qu'il savait de Crozat et des gens du pays.
En 2018, l'historien Francis Simonis, spécialiste de l'Afrique occidentale française, cita la phrase de Binger sur la veuve « qui jouit, paraît-il, d'une grande considération dans la région » comme une phrase sur Guimbi Ouattara, et considéra que l'explorateur s'était rendu « immédiatement chez Guimbi – ou Guimbé – Ouattara ». Pour lui, Diongui et Guimbi étaient la même femme, sous deux transcriptions. Aucun document connu ne permet de l'établir avec certitude, ni de l'exclure.
Une autre version, enfin, s'était répandue partout. Elle fut publiée en 2009 sur un blog consacré à Binger, et elle racontait une scène : l'explorateur arrivé malade et à bout de forces, une forte tension dans la foule, et Guimbi qui s'avançait et se tournait vers la population : « Je sais, ce blanc n'est pas un ennemi, je le garantis, j'en ai entendu parler à trois jours de marche d'ici. Il est de nos amis, d'ailleurs, je le prends sous ma protection. » Binger serait entré dans la ville sans être inquiété, et elle l'aurait soigné plusieurs jours. Dans le récit que Binger publia lui-même de son passage, cette phrase n'existait pas. Il ne fut pas malade à Bobo-Dioulasso, il n'entra pas chez le chef, et des hommes armés le firent reculer.
Ce que l'on savait d'elle.
Elle était née vers 1836 à Sya, le nom que les gens du pays donnaient à Bobo-Dioulasso. Pour le reste, presque tout se disait en deux versions. Son père s'appelait Diori Ouattara, roi du Gwiriko, selon l'encyclopédie et la presse burkinabè ; un conte mis en scène par des enfants du quartier de Tounouma et publié en ligne par un site de conteurs le nommait Bakomi, et ce nom passa dans des articles en anglais. Sa mère s'appelait Makogo selon les uns, Alima selon les guides de son mausolée. Son père mourut quand elle avait trois ans. On la maria à quinze ans ; les guides nommaient ce premier mari Mori Fimba Ouattara, et le second Drissa Touré. Elle fut veuve trois fois, ou deux selon d'autres sources ; Simonis la disait veuve pour la troisième fois en 1888, alors qu'en 1891 Monteil la vit partir avec « son mari ».
Le blog de 2009 donnait un détail physique, le seul : mariée à quinze ans, elle refusa de perdre son indépendance, son mari la battit, et elle garda toute sa vie une grande balafre sur le front. Il disait aussi d'où venait sa fortune. Elle possédait des esclaves et entretenait quelques guerriers en armes dont elle louait les services, ce qui lui procurait de confortables revenus. Simonis l'écrivit à sa manière : une petite armée qu'elle engageait dans les conflits locaux, et qui lui rapportait de substantiels profits. Elle n'occupait pourtant aucune fonction officielle, précisa-t-il ; elle n'était pas la reine de Bobo-Dioulasso, contrairement à ce que prétendaient encore certains Ouattara.
Le samedi 10 juillet 2021, des stagiaires de l'Institut des sciences et techniques de l'information et de la communication visitèrent son mausolée, et le guide Drissa Ouattara leur raconta ce que la ville se rappelait d'autre. Elle n'avait pas eu d'enfant biologique, mais l'adoption était chez les Dioula une réalité ordinaire : « Elle a eu des enfants adoptifs à telle enseigne qu'on ne pouvait pas venir ici et se rendre compte qu'elle n'avait pas d'enfant. » Monteil, en 1891, avait vu à ses côtés une « petite fille de six ans », sans dire de qui elle était l'enfant. Elle tenait de sa mère un don pour les accouchements difficiles : elle appliquait un produit sur une meule, la femme enceinte le consommait, et l'enfant venait plus facilement.
Une femme riche, armée, sans titre, qui logeait les étrangers et faisait naître les enfants des autres. À vingt-six kilomètres de chez elle, un homme qui ne recevait personne commandait la plus forte armée de la région.
Il venait d'un village de forgerons, et son ancêtre y était revenu un jour sans que sa propre famille le reconnaisse.
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