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The Guinean Activist Struck by a Sabre · Chapter 2
The Guinean Activist Struck by a Sabre
Une barricade de fortune
Tondon, mercredi 9 février 1955.
Le chef de canton David Sylla envoya la troupe arrêter Clairon, et avec lui plusieurs autres militants du village. Lewin écrit « la troupe » ; d'autres récits parlent de la police coloniale, ou de gendarmes venus de Dubréka. Ils venaient chercher le président de la sous-section et ceux qui l'entouraient, c'est-à-dire le parti du village tout entier.
Ce qui se passa alors, André Lewin l'écrivit en une phrase, la plus importante de son chapitre :
« Les femmes se réunissent en hâte et édifient une barricade de fortune pour leur barrer le chemin. »
Les femmes, au pluriel. Elles se réunirent, elles construisirent quelque chose avec ce qu'elles avaient sous la main, et elles se mirent en travers de la route des gardes. Aucune source ne décrit de quoi était faite cette barricade de fortune, ni combien elles étaient. Elle fut élevée en hâte, et les hommes armés ne pouvaient plus avancer qu'à travers des femmes, devant tout le village.
Au milieu d'elles se tenait la responsable du comité des femmes du parti. Elle était enceinte de huit mois.
David Sylla repéra au milieu des femmes l'épouse du meneur. Furieux, écrit Lewin, il s'avança en faisant des moulinets avec son sabre. La lame frappa M'Balia Camara, qui s'effondra.
Tondon, 9 février 1955 : les autres récits.
Le récit de Lewin n'était pas le seul. Selon la version que publia Nofi en 2017, d'après les travaux d'Elizabeth Schmidt, Sylla revint ce jour-là avec un important contingent armé de la police coloniale. Les habitants lancèrent des pierres sur les hommes en armes, qui répliquèrent par des grenades lacrymogènes ; le chef lui-même tira sur la foule, et trente-sept villageois furent blessés. Sylla força alors la porte de la maison de Thierno Camara, où il trouva M'Balia, et là, il la frappa. Dans cette version, il n'y avait pas de barricade, mais une émeute, et une femme frappée chez elle.
En février 2022, les femmes du PDG-RDA, le parti qui portait encore ce nom, racontèrent une troisième scène lors de leur commémoration à Conakry. Les villageoises, dirent-elles, s'étaient rassemblées pour protester contre l'impôt payé plusieurs fois dans l'année. Le chef, cherchant à échapper aux manifestantes, aurait pris son cheval pour quitter les lieux. M'Balia Camara, presque à terme, l'aurait vu et lui aurait barré le chemin en appelant ses camarades. Rattrapé, coincé, David Sylla aurait frappé au sabre toutes celles qui lui barraient la route, et elle avec elles.
Les trois récits ne s'accordent ni sur le lieu exact, ni sur le déroulement, ni même tout à fait sur la date : l'encyclopédie en ligne parle des 8 et 9 février, et le magazine qui suit Elizabeth Schmidt place la journée de l'humiliation au 8 et l'attaque au lendemain. Ils s'accordent en revanche sur ce qui compte. Ce jour-là, à Tondon, des femmes du parti se trouvaient entre le chef de canton et ceux qu'il voulait atteindre. L'une d'elles, qui les dirigeait, était enceinte. Et un sabre la frappa.
La mémoire la plus répandue, celle des hommages, retint surtout une femme enceinte. La source la plus détaillée montre autre chose : une responsable au milieu de ses militantes, devant une opération de police. Dans le récit de Lewin, M'Balia Camara n'était pas une victime surprise dans sa maison. C'était une militante dans une ligne.
De Tondon à Conakry, nuit du 9 au 10 février 1955.
On l'emmena la nuit même. Les récits du PDG parlent d'une première halte, à Dubréka selon les uns, à Ouassou selon les autres, avant la route de la capitale. Il y avait cent soixante kilomètres jusqu'à Conakry. Aucune source ne nomme ceux qui trouvèrent le véhicule, qui conduisirent ou qui l'accompagnèrent ; on connaît le nom du chef de canton, celui du mari, bientôt celui du médecin, et pas celui des gens qui la portèrent.
Elle arriva à l'hôpital Ballay, le grand hôpital de Conakry, celui qui porte aujourd'hui le nom d'Ignace-Deen.
Hôpital Ballay, Conakry, vendredi 11 février 1955.
Deux jours après le coup de sabre, M'Balia Camara mit au monde un enfant mort-né. Les femmes du PDG, en 2022, parlèrent d'une césarienne ; le médecin de l'hôpital, dans le certificat qu'il rédigerait plus tard, parla d'une « opération ». L'enfant n'avait pas de nom dans les sources. Sa mère, elle, vivait encore.
À Tondon, pendant ce temps, Clairon n'était plus là pour présider quoi que ce soit. Selon Nofi, il était en prison, comme les huit militants arrêtés avec lui.
Hôpital Ballay, Conakry, vendredi 18 février 1955.
M'Balia Camara mourut le 18 février 1955, neuf jours après le coup de sabre, sept jours après avoir perdu son enfant. Elle avait vingt-six ans.
Un médecin de l'hôpital, le docteur Armstrong, que Lewin décrit comme « un métis qui officie à cet hôpital », rédigea un certificat. Selon ce papier, elle serait morte « huit jours après l'opération », d'un « fléchissement cardiaque ».
Les deux mots ne disaient pas pourquoi ce cœur avait cédé. Le certificat, tel que Lewin le rapporte, ne reliait la mort ni à la blessure, ni à l'opération, ni à rien de ce qui s'était passé à Tondon. Quatorze mois plus tard, devant une salle de cinéma, Sékou Touré affirmerait publiquement que les certificats médicaux sur les causes du décès avaient été « truqués ». Aucune expertise, aucune pièce accessible ne permet de dire s'il avait raison.
Même la date ne fit jamais l'unanimité. Lewin et la plupart des notices donnent le 18 février. Les femmes du PDG-RDA, en 2022, parlèrent du 12 février et d'une jeune femme de vingt-cinq ans. Et si l'on compte « huit jours après l'opération » à partir du 11, on arrive au 19. Dans un dossier où tout allait tourner autour du lien entre une blessure et une mort, le nombre de jours écoulés n'était pas un détail.
Conakry, siège du PDG, le même jour.
Ce 18 février 1955, le bureau exécutif du Parti démocratique de Guinée publia un communiqué. Il condamnait les violences.
Il ne venait pas de nulle part. Une « sévère admonestation » signée d'Ouezzin Coulibaly, au nom du comité de coordination du RDA, l'avait précédé. Le communiqué affirmait que le programme du RDA « ne peut comporter rien de subversif » et que ses activités « ne peuvent tendre à provoquer du désordre ou des incidents ». Il dénonçait les provocateurs et invitait les militants au « calme complet et à la vigilance pour déceler et porter à la connaissance des autorités les éléments de désordre ». Il demandait aux responsables locaux d'« exclure tout élément dont les activités tendraient à compromettre le mouvement », et précisait que « seuls les membres du comité exécutif ont le droit d'adresser des instructions verbales ou écrites au nom du PDG ».
Il portait cinq signatures : Sékou Touré, Abdourahamane Diallo, Nfamara Keïta, Sinkoun Kaba, Bengaly Camara.
Le jour où mourait à l'hôpital Ballay la responsable du comité des femmes de Tondon, son parti demandait à ses militants de signaler aux autorités coloniales les fauteurs de désordre. Les deux faits tombèrent le même jour, et ils restent dans les archives côte à côte.
Conakry, fin février 1955.
Quelques jours plus tard, plusieurs milliers de militants suivirent son corps. Sékou Touré et Ouezzin Coulibaly marchaient en tête, côte à côte, quelques jours après la leçon que le second avait faite au parti du premier. Le cortège traversa à pied toute la ville jusqu'au cimetière de Camerone. Selon l'encyclopédie en ligne, qui s'appuie sur l'historien guinéen Sidiki Kobélé Keïta, ce fut Sékou Touré qui prononça l'oraison funèbre.
Combien étaient-ils ? Une estimation que rapporte Elizabeth Schmidt parle de plus de dix mille personnes ; la police n'en compta que mille cinq cents. Dix mille, c'était une manifestation politique ; mille cinq cents, un enterrement. Aucun document accessible ne permet de trancher.
Un autre détail ne figure que dans une seule source, l'article de Nofi en 2017 : Sékou Touré aurait demandé à chacun d'apporter une pierre et de la déposer au même endroit, pour montrer aux autorités combien ils étaient. La même source affirme que Clairon, toujours en prison, ne put assister à l'enterrement de sa femme. Lewin, pourtant le plus détaillé, ne rapporte ni l'un ni l'autre.
Lewin résuma l'effet de cette mort en une phrase, et il mit lui-même les guillemets :
« Le PDG "tient" sa première martyre. »
Le combat du parti contre la chefferie de canton se menait jusque-là à coups de meetings, de tracts et d'impôts refusés. Il avait désormais un nom : celui d'une femme de vingt-six ans, enceinte, frappée par un chef que l'administration avait nommé. Le 9 février serait plus tard proclamé Journée nationale de la Femme africaine.
Rien de cela n'enlevait quoi que ce soit à ce qui s'était passé. Une héroïne fabriquée restait une femme tuée, et l'enfant qu'elle portait était mort à l'hôpital Ballay le 11 février.
Pendant que Conakry enterrait M'Balia Camara, deux hauts fonctionnaires français écrivaient leurs rapports sur la Guinée.
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