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The Dahomean Lawyer Thrown Out of a Paris Club · Chapter 2
The Dahomean Lawyer Thrown Out of a Paris Club
Le fils du négociant
Porto-Novo, 25 avril 1887.
L'enfant qui naquit ce jour-là à Porto-Novo, sur la lagune, reçut à l'état civil français le nom de Marc Tovalou Quénum. D'autres notices donnent le 5 avril ; la plupart retiennent le 25. Son nom de famille était la façon dont les Français écrivaient Houénou, et sa famille faisait partie de ces grandes maisons de la côte qui commerçaient depuis des générations avec les navires européens.
Son père s'appelait Joseph Tovalou Quénum. Il était né à Abomey vers 1855, il était riche, il était négociant, et il avait épousé une sœur de Béhanzin, celui qui allait devenir en 1889 le roi du Danxomè. Par sa mère, l'enfant était donc le neveu d'un roi. Par son père, il appartenait à une famille qui avait fait un autre choix que celui du roi. Joseph Tovalou Quénum soutenait la politique du roi Toffa de Porto-Novo, qui s'était placé sous la protection de la France, parce qu'il jugeait cette politique plus favorable au commerce. Il en était venu, écrit l'historien Melvyn Stokes, à croire à la supériorité intrinsèque de la civilisation française.
Quand la guerre éclata entre la France et le Danxomè, il se rangea du côté français. Pendant la seconde guerre franco-dahoméenne, en 1892, quand la colonne du général Dodds remonta vers Abomey, il apporta aux Français une aide que les historiens disent décisive. Le royaume tomba. Béhanzin se rendit en janvier 1894 et fut déporté en Martinique ; il mourut en exil, en Algérie, en 1906. Le beau-frère du roi, lui, fut récompensé. Il reçut la croix de chevalier de la Légion d'honneur et devint l'un des trois conseillers africains de l'administration coloniale du Dahomey.
Dahomey, 1903-1908.
La récompense dura dix ans. En 1903, l'administration lui retira son poste de conseiller. À partir de 1908 environ, selon l'historien Patrick Manning, elle adopta à son égard une ligne de conduite constante : limiter son influence dans la colonie. L'homme qui avait aidé la France à gagner sa guerre était tenu à l'écart onze ans après la victoire, riche, décoré, et sans pouvoir.
Entre-temps, il avait pris une décision pour son fils. En 1900, Joseph Tovalou Quénum se rendit à Paris pour l'Exposition universelle, celle du Grand Palais, du pont Alexandre-III et de la première ligne de métro, avec sa section coloniale où l'on exposait les peuples de l'empire. Il avait emmené deux de ses fils. Il ne les ramena pas. Il inscrivit Marc et son demi-frère dans un établissement catholique de Bordeaux. Marc avait treize ans. Il ne revit pas le Dahomey avant vingt et un ans.
Bordeaux, 1900-1914.
Bordeaux était la ville des maisons de commerce qui traitaient avec la côte d'Afrique de l'Ouest. Elle avait été aussi, au siècle précédent, l'un des grands ports négriers de France, d'où l'on avait armé des navires pour aller acheter des captifs sur ces mêmes côtes. Le fils du négociant y fit ses études secondaires avant d'entrer à l'université. Il étudia le droit, s'inscrivit aussi en médecine, et obtint sa licence en 1908 selon Melvyn Stokes, en 1911 selon Patrick Manning. Avant la guerre, pense Stokes, il se destinait probablement à une carrière d'administrateur colonial, c'est-à-dire à gouverner pour la France des hommes de son propre pays.
D'autres jeunes gens de couleur passaient alors par Bordeaux. Un garçon né en 1887 comme lui, sur le bateau qui menait ses parents de la Guyane à la Martinique, y vivait depuis l'âge de sept ans, interne au petit lycée de Talence avant le lycée de Bordeaux, où il jouait au rugby avec un certain Félix Éboué. Il s'appelait René Maran. Les deux hommes firent tous deux leurs études à Bordeaux, mais, selon Roger Little, historien du procès qui allait les réunir, ils ne se connaissaient pas à l'époque. Ils se rencontreraient plus tard, à Paris, et ce serait pour fonder un journal.
Un autre Dahoméen fréquenta la faculté de droit de Bordeaux, à partir de 1909 : Ouanilo, le fils de Béhanzin, son cousin, déporté enfant avec son père. Le fils du roi vaincu et le fils de l'allié des vainqueurs faisaient du droit dans la même ville. Ouanilo s'inscrivit en 1915 au barreau de Paris et fut le premier avocat noir de ce barreau.
En 1911, Marc Tovalou Quénum demanda la citoyenneté française. On la lui refusa.
Août 1914 - 11 juillet 1915.
En août 1914, la guerre éclata. Il n'était pas citoyen, et personne ne l'obligeait à rien. Il s'engagea comme médecin dans l'armée française. Dix ans plus tard, en février 1924, il écrirait dans L'Action coloniale que son affection pour la France n'avait jamais connu le doute, puisqu'aux heures critiques de 1914, sans aucune contrainte extérieure, spontanément, il avait accompli le devoir de tous les citoyens et risqué sa vie comme tous les Français.
Le 11 juillet 1915, un décret du président de la République, pris en application d'une loi du 25 mars 1915, accorda la qualité de citoyen français au « sieur Quénum dit Tovalou Quénum (Marc-Tovalou-Joseph) ». Le texte parut au Bulletin des lois. Ce que l'État lui avait refusé en 1911, il le lui donnait pendant la guerre, presque certainement, juge Stokes, en reconnaissance de son engagement. À la fin de 1915, il fut blessé, réformé avec les honneurs et pensionné.
Ce papier était rare. En 1920, selon Manning, l'Afrique-Occidentale française comptait moins de cent Africains devenus citoyens par décret, en dehors des originaires des quatre communes du Sénégal, qui avaient un statut particulier. Le chercheur américain Raymond Buell compta, pour les années 1914 à 1925, quatre-vingt-huit demandes de ce genre. Les autres, des millions d'hommes et de femmes, restaient des sujets : ils ne votaient pas, ils relevaient de l'indigénat, ils ne pouvaient circuler librement d'une colonie à l'autre, et un administrateur pouvait les punir sans juge. Pour sortir de cette condition, il fallait déposer un dossier, prouver des services rendus et un certain « degré de civilisation », et attendre la décision de l'État.
Paris, 1918-1921.
En février 1918, il prêta serment au barreau de Paris. Il s'installa dans la capitale et y devint, en quelques années, une figure du tout-Paris. Les échos mondains racontaient ses aventures ; on lui prêtait une liaison avec Cécile Sorel, sociétaire de la Comédie-Française, l'une des femmes les plus en vue de Paris. Le journaliste américain Roi Ottley, qui écrivit sur lui en 1952, le décrivit comme l'enfant chéri des cercles les plus élégants des années vingt, entouré de personnages titrés, d'officiers de l'armée et de la marine, d'acteurs, de peintres et de chanteurs ; les Parisiens, ajoutait-il, le regardaient comme une sorte de rare sculpture primitive, et le gâtaient outrageusement.
En mars 1921, il publia à compte d'auteur un livre au titre interminable : L'involution des métamorphoses et des métempsychoses de l'Univers. L'involution phonétique ou méditations sur les métamorphoses et les métempsychoses du langage. C'était une longue réflexion savante sur la linguistique et la phonétique. Les historiens ne s'accordent pas sur sa portée. Pour Manning et Spiegler, il est apolitique. D'autres y lisent un plaidoyer pour l'égalité des races, l'idée que chaque peuple et chaque culture forment des parts égales d'une même civilisation universelle.
Il avait trente-quatre ans. Il avait gravi un à un les échelons que la République disait ouverts à tous : l'école, le diplôme, le sang versé, le décret, le barreau, le livre, les salons. Il n'avait pas revu son pays depuis l'Exposition de 1900.
En 1921, pour la première fois depuis vingt et un ans, il reprit le bateau pour l'Afrique.
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