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The OAU diplomat starved by his own country · Chapter 2
The OAU diplomat starved by his own country
Le village de l'almamy
Plaine de Porédaka, Fouta-Djalon, novembre 1896.
L'almamy n'avait plus beaucoup d'hommes. Bokar Biro Barry régnait depuis 1890 sur le Fouta-Djalon, un État musulman des hauts plateaux de l'actuelle Guinée, avec sa capitale à Timbo, ses neuf provinces, ses lettrés et sa langue écrite en caractères arabes. Il avait pris le pouvoir par la force, après le meurtre de son frère aîné que le conseil des anciens avait choisi à sa place, et il avait passé six ans à le perdre et à le reprendre contre une partie de ses propres chefs. Quand la France avait exigé de lui un traité de protectorat, il n'avait pas écrit son nom au bas du document : on découvrit à Saint-Louis du Sénégal qu'il avait écrit Bismillah, « au nom de Dieu ».
Le 3 novembre 1896, une colonne française avait pris Timbo. Les troupes venues du Sénégal, de la Guinée et du Soudan convergeaient sur le plateau, avec leur artillerie, sous les ordres du capitaine Muller, et une partie des Peuls marchaient avec elles, derrière Alfa Yaya de Labé et Oumarou Bademba. André Lewin compta sept cents sofas autour de l'almamy pour cette bataille sans espoir. Abandonné par presque tous les siens, au moment d'engager ses dernières réserves, Bokar Biro maudit, dit la tradition que rapporte Lewin, le village où il allait être vaincu : « Mo araali Porédaka, o yahay daaka poore. » Ceux qui n'étaient pas à la bataille de Porédaka seraient demain les corvéables de la cueillette du caoutchouc.
Son armée fut détruite par le canon. Son fils mourut à ses côtés. Les sources ne s'accordent ni sur le jour ni sur sa mort. Une notice encyclopédique donne le 13 novembre, Lewin et l'historien guinéen Mamadou Dindé Diallo le 14. Lewin écrit que l'almamy fut tué au cours de l'engagement ; un poète de l'époque, cité par l'historien Boubacar Barry, chanta qu'il n'avait pas fui et que l'explosion d'un canon l'avait tué ; Mamadou Dindé Diallo, en 2026, le fait poursuivre plusieurs jours à travers le Télimélé et le Kébou, rattraper et tuer dans le district de Botorê, près de Mamou, où sa tombe est restée un lieu de mémoire.
Sur la suite, les versions se rejoignent. Le corps fut décapité. Selon les témoignages que rassemble Mamadou Dindé Diallo, la tête fut portée de Timbo jusqu'à Dubréka par la propre mère de l'almamy, Néné Diariou, pour être remise au gouverneur, et le crâne partit pour la France. La France installa un résident à Timbo, nomma Oumarou Bademba almamy, confia l'administration du pays en juin 1897 à Ernest Noirot, restructura les chefferies en 1904 et, en 1905, arrêta et exila Alfa Yaya, l'allié qui l'avait aidée à vaincre.
Porédaka et Mamou, années 1930.
Vingt-neuf ans après la bataille, en 1925, un garçon naquit à Porédaka. Il s'appelait Boubacar Diallo ; le nom sous lequel le monde le connaîtrait serait Diallo Telli. Son père, Diallo Mody Kindi, était éleveur, et Lewin rapporte sans trancher que certains le disaient le plus grand voleur de bétail du Fouta. Il est vrai, écrit le biographe, qu'on le retrouva un jour à la prison de Mamou au moment même où son fils allait à l'école dans cette ville, et qu'on vit l'enfant apporter de la bouillie à son père. Sa mère, Diallo Kadidiatou, femme pieuse et respectée, suivit ses études de près et s'efforça qu'il ne manque de rien.
Il entra à six ans à l'école coranique, et de là à l'école primaire du village, où le chef de canton remarqua ce garçon travailleur et le poussa à continuer. En 1940, à quinze ans, il était en cinquième année à Mamou ; ses maîtres français l'envoyèrent à l'école primaire supérieure de Conakry. Il n'y avait pas de baccalauréat en Guinée avant 1950. Comme beaucoup de jeunes Peuls de familles un peu aisées, il poursuivit à l'école normale William-Ponty, au Sénégal ; mais sa famille n'eut pas longtemps les moyens de l'entretenir, et, selon Lewin, il ne passa pas les examens de sortie. En 1946, à vingt et un ans, il entra au bas de l'échelle de l'administration coloniale, comme employé des services généraux du gouvernement général à Dakar.
Dakar, 1946-1947.
Un jeune administrateur français avec qui il travaillait, Pierre Cros, lui parla d'une porte que presque aucun Africain ne franchissait : l'École nationale de la France d'outre-mer, à Paris, qui formait les administrateurs et les magistrats des colonies. Il fallait d'abord le baccalauréat. Une disposition récente permettait aux anciens de Ponty de le préparer ; Diallo Telli retourna sur les bancs du lycée de Dakar pendant l'année 1946-1947 et réussit les deux parties. Son professeur Jean Suret-Canale, communiste, qui resterait plus tard en Guinée contre la volonté de Paris, se souvenait d'un élève brillant, « absolument déterminé à tout faire pour réussir aux examens et se rendre à Paris ».
Paris, 1947-1953.
Il s'inscrivit à la faculté de droit de la place du Panthéon, prit ses repas au foyer musulman du boulevard Saint-Michel, logea passage Chartier, plus tard à l'hôtel California, au 32 de la rue des Écoles. Parmi les Guinéens de Paris, il se fit deux amis de toute une vie, dont Alioune Dramé, futur inspecteur des impôts ; et un ennemi, Ismaël Touré, le demi-frère de Sékou, qui étudiait la météorologie. Leurs soirées de débat tournaient au duel, la « froide éloquence » de l'un contre le « calme souriant » de l'autre, selon les mots de Lewin. Un jour, à propos d'une jeune Antillaise que Telli aimait, Ismaël lui lança en public qu'elle était trop bien pour être « avec un fils d'esclavagiste » comme lui. Lewin écrit que Telli ne l'oublia jamais.
Pendant l'été 1951, licencié en droit, il fut reçu premier au concours réservé aux fonctionnaires d'outre-mer de l'École nationale de la France d'outre-mer. Le 12 août, à Mamou, il épousa selon la coutume peule Kadidiatou Diallo, ancienne institutrice originaire de Yambering, près de Labé ; la dot, précisa l'acte, avait été entièrement versée : une génisse et deux taureaux. Leur premier fils, Thierno, naquit le 5 janvier 1953 à Fontainebleau.
Avenue de l'Observatoire, il choisit la section magistrature plutôt que l'administration générale, à l'étonnement de ses camarades. L'un d'eux, Jean-Michel Guth, le revoyait des années plus tard penché pendant des heures sur de gros cahiers d'écolier, recopiant d'une écriture appliquée les cours de droit civil. Il décrivait aussi un musulman pratiquant qui se disait marxiste et répondait, quand on le taquinait : « Tu verras, la philosophie millénaire de l'Islam peut très bien se concilier avec l'enseignement de Marx. » À la sortie, en 1953, Diallo Telli était major de sa promotion avec 16,05 de moyenne, devant tous les élèves administrateurs.
Son mémoire de fin d'études, quarante-neuf pages achevées le 5 septembre 1952, portait sur le divorce chez les Peuls du Fouta-Djalon. Le directeur des études lui donna 18 sur 20. Lewin y releva qu'il se revendiquait Peul « avec une force qui ne se retrouvera dans aucun autre de ses écrits », et qu'il y attaquait déjà les tribunaux coutumiers de la colonie, ces juges choisis par le chef, à qui le chef dictait la sentence. Le juge, écrivait l'étudiant, devait cesser d'être « un courtisan pour être un arbitre impartial ».
Presque toutes ses notices lui donnent un titre qu'il n'avait sans doute pas, celui de docteur en droit. Lewin, son biographe le plus favorable, chercha son nom dans les registres des doctorats de toutes les facultés françaises de 1950 à 1960, à la Bibliothèque nationale, et ne le trouva pas ; il conclut que Telli avait passé le diplôme d'études supérieures de droit privé, l'étape qui précède le doctorat, et qu'il ne s'était lui-même jamais dit docteur.
Le 16 mars 1954, un décret le nomma substitut du procureur à Thiès, au Sénégal. Il demanda à passer d'abord ses derniers examens de droit, et embarqua le 28 mai sur le Brazza, un paquebot des Chargeurs réunis, pour Dakar.
Le fils du village maudit rentrait en Afrique avec les titres du vainqueur.
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