Personnalités historiques
Yacouba Sawadogo
1946–2023 · Burkina Faso
Pays de son parcours
Burkina Faso
Né en 1946 dans la province du Yatenga, au nord de la Haute-Volta devenue Burkina Faso, Yacouba Sawadogo étudia dans une école coranique au Mali, où il espérait devenir maître coranique, avant de se faire commerçant de pièces détachées au grand marché de Ouahigouya.
Au début des années 1980, au plus dur de la sécheresse qui frappait le Sahel depuis 1968, il ferma boutique et revint dans son village de Gourga cultiver quatre hectares de terre dégradée avec le zaï, une technique ancienne de poquets de semis tombée en désuétude. Il l'adapta : des trous plus larges et plus profonds, du fumier qui attirait les termites dont les galeries faisaient pénétrer l'eau, et surtout des graines d'arbres semées dans les mêmes trous que le mil. Traité de fou par son village, il vit sa première forêt incendiée au bout de quatre ans, et recommença.
En quarante ans, il fit pousser sur une terre nue une forêt de plusieurs dizaines d'hectares, Bangr-Raaga, « le marché du savoir », et enseigna gratuitement sa méthode lors de marchés du zaï qui réunissaient des représentants de plus de cent villages. Le géographe néerlandais Chris Reij fit connaître son travail aux chercheurs. Un documentaire de 2010 le surnomma « l'homme qui arrêta le désert », formule exagérée puisque le Burkina Faso perdait encore 470 000 hectares de terres par an. Il reçut le Right Livelihood Award en 2018 et le titre de Champion de la Terre des Nations unies en 2020.
Sa forêt ne fut jamais bornée. Les lotissements de la commune de Ouahigouya en englobèrent une partie, et l'administration exigeait, pour lui délivrer un titre foncier, que la valeur de ses arbres atteigne cent huit millions de francs CFA. L'État fit clôturer la forêt le 18 juin 2021, mais le titre ne vint pas. Il mourut le 3 décembre 2023, à soixante-dix-sept ans.
