Personnalités historiques
Souleymane Guengueng
Tchad
Pays de son parcours
Sénégal
Tchad
Souleymane Guengueng, comptable à la Commission du bassin du lac Tchad et chrétien pratiquant, fut arrêté à N'Djamena le 3 août 1988 par la Direction de la documentation et de la sécurité (DDS), la police politique de Hissène Habré, sans qu'on lui dise jamais pourquoi. Il passa plus de deux ans en détention, notamment dans la cellule numéro 9 du camp des Martyrs, faillit mourir de la dengue et vit mourir des centaines de codétenus. Il jura alors devant Dieu de se battre pour la justice s'il sortait vivant.
Libéré le 1er décembre 1990, à la chute du régime, il fonda en 1991 avec d'autres anciens détenus l'Association des victimes des crimes et répressions politiques (AVCRP), qui recueillit 792 témoignages de victimes, de veuves et d'orphelins. Il cacha ces dossiers sous sa maison pendant huit ans, avant de les remettre en 1999 à Human Rights Watch ; ils servirent aux plaintes déposées au Sénégal et en Belgique en 2000.
Son engagement lui valut d'être suivi par des hommes en uniforme, suspendu en mars 2002 et licencié en novembre de la même année par la Commission du bassin du lac Tchad, l'année où Human Rights Watch lui décerna sa plus haute distinction. Menacé de mort, il s'exila à New York en 2005, où sa famille connut des années de grande précarité. Il publia en 2012, chez L'Harmattan, « Prisonnier de Hissène Habré ».
En novembre 2015, il témoigna à Dakar devant les Chambres africaines extraordinaires, en présence de Habré, et montra aux juges les ustensiles qu'il s'était fabriqués en prison. Après le verdict du 30 mai 2016, il déclara : « Aujourd'hui, je me sens dix fois plus grand que Hissène Habré. »
