Personnalités historiques
Ruben Um Nyobè

1913–1958 · Cameroun
Pays de son parcours
Cameroun
Greffier au palais de justice de Douala, titulaire de la fonction la plus discrète de la justice coloniale — celle qui enregistre, qui classe et qui recopie —, Ruben Um Nyobè, né en 1913, devint en 1948 le secrétaire général de l'Union des populations du Cameroun. Le parti réclamait deux choses que l'administration ne voulait entendre ni l'une ni l'autre : l'indépendance, et la réunification des deux Cameroun séparés entre la France et la Grande-Bretagne après la défaite allemande. Son peuple bassa lui donna un nom, Mpodol, « celui qui porte la parole des siens » : là où d'autres mouvements de l'époque misaient sur la rue, Um Nyobè misait sur le texte, la motion, la procédure.
Parce que le Cameroun n'était pas juridiquement une colonie mais un territoire sous tutelle des Nations unies, il existait une tribune où un colonisé pouvait parler sans demander la permission de Paris. Il s'y rendit trois fois, dont en 1952 devant la Quatrième Commission, pour y réclamer la réunification immédiate du pays et la fixation d'un délai pour l'indépendance. L'UPC fut interdite en 1955, après des émeutes réprimées dans le sang ; l'homme des textes passa à la clandestinité et organisa le maquis bassa de la Sanaga-Maritime. Il y tint trois ans, traqué par l'armée française.
Il fut abattu le 13 septembre 1958 dans la forêt de Boumnyebel, à quelques kilomètres de son village natal. Son corps fut traîné dans la boue jusqu'au village de Liyong, mutilé, exposé publiquement, et des photographies en furent diffusées dans tout le sud du pays, pour que le pays bassa voie de ses yeux que le Mpodol n'était plus. Sa tombe fut recouverte de ciment.
Ses écrits, longtemps introuvables, furent rassemblés, présentés et publiés dans les années 1980 sous le titre Le problème national kamerunais. La loi n° 91/022 du 16 décembre 1991 le réhabilita, avec Félix-Roland Moumié, Ernest Ouandié et Ahmadou Ahidjo. Le 22 juin 2007, un monument lui fut érigé à Eséka, au carrefour Abbé Nicolas Ntamack : une statue de six mètres sur un socle de cinq, vingt tonnes, dans un jardin public de quatre cents mètres carrés, représentant son arrivée à la gare de la ville en 1952, au retour d'une session de l'ONU.
