Historical figures
Félix-Roland Moumié

1925–1960 · Cameroon
Countries they acted in
Cameroon
Switzerland
Né à Foumban en 1925 et formé à l'École de médecine de Dakar, Félix-Roland Moumié appartenait à cette poignée d'Africains à qui la colonisation avait donné un diplôme sans leur donner de pays : médecin, il aurait pu faire carrière dans l'administration sanitaire ; il choisit le parti qu'on interdirait. Porté à la présidence de l'Union des populations du Cameroun en 1952, à vingt-sept ans, il formait avec Ruben Um Nyobè un attelage exact — au secrétaire général les textes, les motions, le droit ; au président la voix, les foules, l'international.
Quand l'UPC fut interdite en 1955, il ne se replia pas dans la forêt comme Um Nyobè mais prit la route de l'exil. Depuis Le Caire, Conakry et Accra, il fit d'une cause camerounaise un dossier panafricain. Les soutiens qu'il obtint dessinent la carte du camp anticolonial de son époque, de Nasser à Nkrumah, de Ben Bella à Sékou Touré, jusqu'à Hô Chi Minh et Mao Zedong. Il se rendit aussi au Congo, avec l'économiste Castor Osendé Afana, pour y rencontrer Patrice Lumumba.
Après la mort d'Um Nyobè en 1958, il était le dernier dirigeant historique de l'UPC en liberté. En octobre 1960, il se trouvait à Genève, où il cherchait des appuis et des financements. Le 15, il dîna au restaurant Le Plat d'argent et but trois pastis, dont l'un, dirait-il, n'avait pas le bon goût. C'était du thallium. L'agonie dura dix-neuf jours et il mourut à l'hôpital de Genève le 3 novembre 1960, quelques mois après l'indépendance officielle de son pays.
L'enquête suisse identifia l'homme qui partageait sa table, William Bechtel, agent des services français ; elle aboutit en 1980 à un non-lieu, et Bechtel mourut sans avoir été jugé. La chaîne de commandement au-dessus de lui n'a jamais été établie par une juridiction. La loi n° 91/022 du 16 décembre 1991 réhabilita Moumié, avec Um Nyobè, Ouandié et Ahmadou Ahidjo. Sa veuve, Marthe Ekemeyong Moumié, passa les quarante-neuf années suivantes à réclamer que l'affaire soit dite.