Personnalités historiques
Abla Pokou
?–1760 · Côte d'Ivoire, Ghana
Pays de son parcours
Côte d'Ivoire
Abla Pokou, qu'on écrit aussi Aura Poku, Awura ou Abraha Pokou, fut au XVIIIᵉ siècle une princesse de la famille royale ashanti de Kumasi, sœur de Dakon, l'un des prétendants au trône. Après la défaite de son frère, vers 1730 selon Maurice Delafosse, vers 1750 selon les historiens Margaret Priestley et Ivor Wilks, elle conduisit vers l'ouest une faction de la cour, avec ses partisans, ses clients et ses esclaves, franchit la Comoé et s'établit dans le bassin du Bandama, où elle avait trouvé de l'or. Elle refoula les Sénoufo vers le nord, rejeta une partie des Gouro au-delà du Bandama et annexa les autres, d'où son second titre, Asae Poku, « la conquérante Pokou ». Elle mourut vers 1760 ; sa tombe était encore vénérée à Sakassou à la fin du XIXᵉ siècle.
Sa traversée de la Comoé devint la légende fondatrice du peuple baoulé, et elle en connut de nombreuses versions. Dans la plus répandue, elle sacrifiait au fleuve son fils unique et prononçait sur l'autre rive les mots « Ba-ouli », « l'enfant est mort ». En 1896, le docteur Lasnet, médecin d'une mission française, nota une version où elle jetait à l'eau son pagne et sa tunique tissés d'or. En 1900, Maurice Delafosse publia celle qui allait s'imposer : la reine ordonnait à tous de jeter leurs nouveau-nés, le peuple refusait, elle donnait son fils couvert d'or et en tirait son droit de régner. Dans le même livre, il racontait la traversée sans aucun sacrifice. Dans les villages, l'enfant était tour à tour sa fille, celui de sa sœur ou de son frère, et à Lomo Nord on disait qu'elle n'avait pas d'enfant.
En 2009, l'anthropologue Fabio Viti montra que la version de Delafosse était devenue le modèle des versions écrites et de la plupart des versions orales. La reine figura sur un timbre-poste en 1968 ; Félix Houphouët-Boigny invoqua son sacrifice pour faire accepter le barrage de Kossou ; Charles Zégoua Nokan en fit une héroïne révolutionnaire en 1970 et Véronique Tadjo l'héroïne d'un roman primé en 2005. Le 31 août 2025, une cinquantaine de chefs baoulé se rendirent à Bettié, sur la Comoé, pour honorer le lieu de son passage.
